Intel s’effondre de 30 %, le Nasdaq lâche 3 % : la peur d’une bulle IA revient sur les marchés
Le Nasdaq recule d’environ 3 % en séance ce vendredi 30 octobre, sa pire journée depuis juin, entraîné par l’effondrement d’Intel et par les résultats d’Amazon et d’Alphabet. L’indice est en passe de perdre plus de 2 000 milliards de dollars de capitalisation sur le mois.
Intel a perdu près de 30 % en une seule séance, sa pire journée depuis 1974 selon l’AP. La veille, Alphabet avait déjà reculé de plus de 12 %, son plus mauvais jour en Bourse depuis son introduction en 2004, soit environ 500 milliards de dollars de valeur effacés. Deux chocs en deux jours, donc, et une même question : les centaines de milliards engloutis dans l’IA finiront-ils par rapporter ce que Wall Street attend ?
Vendredi était la dernière séance d’octobre. Pendant tout le mois, les investisseurs ont délaissé les valeurs liées à l’IA, car ils doutent de la rentabilité de ces investissements colossaux.
Intel et Amazon font plonger le Nasdaq
Le Nasdaq a cédé environ 3 % en séance et touche son plus bas niveau depuis près de trois mois. Le S&P 500 perd près de 2 % et efface son gain d’octobre, malgré le record atteint pendant le mois.
Intel a dévissé après avoir prévu, pour le quatrième trimestre, un chiffre d’affaires de 15 à 16 milliards de dollars, contre 17,1 milliards attendus. Il table sur un bénéfice par action ajusté de 25 cents, très loin des 43 cents espérés. Le groupe invoque un marché du PC faible, des difficultés de production et des dépenses d’expansion, et il reconnaît qu’il va consommer de la trésorerie. Son bénéfice du dernier trimestre dépassait pourtant les attentes, rappelle l’AP.
Amazon a publié un chiffre d’affaires de 201,9 milliards de dollars (+12 %) et un bénéfice net de 20,7 milliards (-2 %), tous deux sous les attentes, selon l’AFP. Son action recule d’environ 2 % vendredi, après une chute allant jusqu’à 10 % jeudi soir. Le groupe maintient ses investissements 2026 à environ 220 milliards de dollars, mais il prévoit de dépenser « nettement plus » en 2027, a annoncé son PDG Andy Jassy.
L’onde de choc a gagné les semi-conducteurs : l’indice du secteur a lâché environ 8 %, Nvidia près de 5 % et Dell près de 13 %.
Les géants de l’IA dépensent plus qu’ils ne gagnent
Le point commun entre Alphabet, Amazon et Meta, vous l’aurez deviné : un flux de trésorerie libre négatif. Alphabet affiche environ 9,1 milliards de dollars de cash en moins sur le trimestre. Pour Amazon, le trou atteint 42,4 milliards sur douze mois, et Meta a connu son premier trimestre dans le rouge depuis 2012, selon CNN.
Pour tenir le rythme, Alphabet a levé 28,7 milliards de dollars en obligations et 12,4 milliards en actions sur le trimestre. Sa dette à long terme est passée de 46,5 milliards fin 2025 à 125,1 milliards, d’après le Motley Fool.
Meta est allée plus loin lundi 26 octobre : le groupe a annoncé vouloir lever jusqu’à 95 milliards de dollars en actions, la plus grosse opération de son histoire. Environ 35 milliards arrivent tout de suite, puis jusqu’à 60 milliards au premier trimestre 2027. « Quand la dette devient chère, on paie en actions », résume Florian Ielpo, de Lombard Odier Investment Managers.
Pendant trois ans, il suffisait aux géants de la tech d’annoncer des investissements dans l’IA pour être récompensés en Bourse. Ce n’est plus le cas, constate Grégoire Kounowski, conseiller chez Norman K.
Taux, pétrole et Chine : la pression s’alourdit sur le financement de l’IA
Dans ce contexte, le financement coûte aussi plus cher. La Fed a relevé ses taux de 0,25 point le 16 septembre, une première depuis 2023, à 3,75-4 %. Les données de LSEG citées par Reuters laissent prévoir plus de 50 points de base de hausse d’ici la mi-2027.
Le 14 octobre, une inflation plus forte que prévu avait déjà provoqué la plus forte baisse quotidienne du Nasdaq et du S&P 500 depuis juillet. CoreWeave, opérateur de centres de données très endetté, avait alors perdu 15 %.
Le pétrole n’arrange rien : le Brent dépasse 117 dollars le baril vers 17 h 50 en Suisse, porté par les tensions dans le détroit d’Ormuz.
Le front chinois n’est pas plus rassurant : l’indice STAR50, qui regroupe des valeurs de l’IA et des puces, a perdu 40 % depuis son sommet de juillet. Cela représente environ 480 milliards de dollars évaporés, selon Reuters. L’agence titre sur une bulle déjà éclatée, mais le mot est un jugement, celui de Reuters et d’un gérant pékinois, pas un constat chiffré. Quant au lien avec la séance de Wall Street, il reste à démontrer.
Bulle de l’IA ou simple rotation : les analystes hésitent
Faut-il parler de bulle pour autant ? Angelo Kourkafas, d’Edward Jones, y voit surtout une rotation hors de la tech, soutenue par une croissance supérieure à la tendance et par des bénéfices qui se redressent dans d’autres secteurs. En Europe, selon l’AFP, la santé gagne 14,07 % sur octobre, l’agroalimentaire 12,23 % et le pétrole et gaz 8,68 %. Les banques, elles, perdent 10,55 %, et Paris finit le mois quasi stable (+0,06 %).
Joe Saluzzi, de Themis Trading, rappelle qu’Intel reste en hausse sur l’année et que la chute n’enterre pas toute l’histoire. Microsoft, de son côté, a vu Azure progresser de près de 50 %, et son titre est resté quasi stable jeudi. Sa directrice financière Amy Hood a toutefois reconnu, selon CNBC, que des retards chez des fournisseurs de puces repoussent une partie des capacités au premier semestre 2027.
L’inquiétude gagne tout de même les gérants. UBS conseille de diversifier les portefeuilles au-delà de l’IA, tout en gardant une vue constructive sur la croissance du thème. Adam Crisafulli, de Vital Knowledge, parle de l’une des pires saisons de résultats tech que l’on ait vues. La facture, elle, ne baisse pas : les dépenses des géants du cloud devraient dépasser 1 000 milliards de dollars l’an prochain, toujours selon CNBC.
À ce stade, on ne peut pas trancher entre rotation et éclatement, car les deux lectures s’appuient sur des chiffres réels. Reste à savoir si les marchés accepteront encore de payer l’IA en actions : le programme de 60 milliards de Meta, prévu au premier trimestre 2027, donnera un début de réponse…


